William entremetteur

William : « Valdimir ! Viens ici que j’te cause ! Ca fait une paye que je ne t’ai pas vu ! Comment s’est passé ta traversée ? Tu es beau comme… Beau comme ta dépouille, mais tu sens moins mauvais qu’un mort ! J’ai un bougeon de tafia, nous allons nous mettre face à l’océan et le vider. Tu as fais du tort à ma cousine et il faut qu’on cause.»

Vladimir : « William, faire du tort à ta cousine, je ne la connais pas et … »

William : « Tu ne la connais pas, pourtant ce matin au marché tu l’as éconduite. Pourtant il me semble qu’elle était particulièrement avenante et bien disposée à ton encontre. Comment justifies-tu cet affront ? Tu avais peur de ne pas être à la hauteur ? C’est vrai, ici peu de légendes circulent à ton compte et on ne te voit pas visiter les femmes. Les hommes non plus d’ailleurs. »

Vladimir : « William, ne le prends pas mal, je connais en effet ta cousine et il n’y a pas à s’ombrager pour cela, la raison est simple. Ta cousine, puisque cette jeune indigène est ta parente, ta cousine est certes belle et bien faite, mais elle est noire. Et comme tu le sais je suis distant avec les tiens. »

William : « Mon cher Vladimir tes propos me surprennent. Je veux bien accepter que les femmes de ton pays soient avenantes, mais il leur manque quelques degrés sur l’échelle de l’amour il me semble ? »

William et Vladimir s’asseyèrent dans le sable et leurs propos se perdirent dans l’épaisseur humide de l’air du couchant. Tout à coup William se leva scandalisé : « Comment ! Négligeante sur les finitions ! Vladimir tu es excusé. J’irai parler à ma cousine demain il n’y a plus de malentendu ».

William cuva son rhum et au matin rendit visite à sa cousine. « Lalao, j’ai parlé à ce gredin de Vladimir et la chose est claire maintenant. Les femmes noires sont fady pour lui. J’espère que tu peux le comprendre. C’est un fady personnel lié à une mésaventure que je vais te conter. »

Alors que Vladimir venait de conduire une rébellion sur un convoi négrier où il était simple matelot, il retourna l’équipage contre les officiers et comme il ne souhaitait ni tuer, ni vendre sa cargaison, il fit demi-tour vers la Mauritanie avec le dessein de rendre la liberté aux esclaves, pour la plupart simples paysans et n’entendant rien à la navigation. Arrivés en Mauritanie, ils mouillèrent près du village d’où ils étaient partis. Les nouveaux affranchis aidèrent l’équipage à faire de l’eau et des vivres. Vladimir jeta son dévolu sur une magnifique jeune femme qui se laissa accoster comme la crique d’une île déserte, probablement vierge et à l’abri du vent. La nuit fut douce du moins au départ, car les choses se corsèrent à l’arrivée, Vladimir la jugeant négligeante sur les finitions. Furieux il appareilla le matin même et cingla vers les côtes espagnoles dans l’espoir de mettre à sac le repos de moniales farouches.

« Tu comprends Lalao, depuis il ne peut plus toucher une femme noire de peur que son canon se bouche mal et explose. Ce petit canon qui tire à vue et qu’il trimballe dans ses pantalons fait sa fierté. Alors il n’approche plus que des femmes blanches. C’est son interdit et il n’y peut rien.

J’ai obtenu qu’il vienne avant midi t’offrir un poulet dans le but de te témoigner son affection et que tu saches que son refus est purement médical. Évite de manger le cou du poulet, peut-être que ça deviendrait tabou pour toi aussi… Tu pourrais te coincer un os dans la gorge. »

« Je dois malheureusement te laisser, Vladimir m’a appris hier qu’il voyage avec sa cousine, je ne l’ai pas encore saluée. Et il faut absolument que je lui présente mes amitiés avant qu’ils ne se lassent de notre coin de paradis. »